Visite du musée du génocide cambodgien (Tuol Sleng ou S-21), la prison de l’horreur Khmer Rouge

Visite de la prison de Tuol Sleng, l’un des camps de détention et de torture les plus terribles du Kampuchea démocratique. Un coup au cœur indispensable pour comprendre le traumatisme vécu par les Cambodgiens encore aujourd’hui…

Samedi 30 décembre 2017, nous commençons la journée par une visite difficile, en arrivant à 9H au musée du génocide cambodgien de Phnom Penh, le tristement célèbre camp S-21 ou Tuol Sleng. Les visiteurs sont très nombreux chaque jour et plus tôt vous y serez plus vous éviterez les foules de touristes.

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Pourtant, visiter S-21 reste une expérience très difficile à endurer et n’est pas forcément conseillée à tout le monde. Nombreux sont les touristes qui ne se rendent ni à Tuol Sleng ni à Choeung Ek (Killing Fields) ou qui ne visitent pas l’intégralité du musée, l’émotion étant trop grande…

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Le camp est resté en l’état après le départ des Khmers Rouges et de nombreuses photos sont extrêmement dures à regarder. D’autre part, le narrateur Cambodgien de l’audioguide en français raconte l’histoire de la prison et de nombreuses anecdotes de façon poignante. L’audioguide, superbement  réalisé, est tout à fait indispensable pour bien saisir les événements qui se sont déroulés ici…

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  • Prix d’entrée du musée Tuol Sleng S-21 : 5 $/pers. (~4 €)
  • Prix d’entrée avec audio guide : 8 $ (~ 6,40 €)
  • L’audio guide est indispensable. Ne visitez pas S-21 sans audio-guide sous peine de passer à côté de la visite. Le narrateur de la version française est un jeune Cambodgien qui s’exprime très bien en français.
  • Temps de visite du camp de Tuol Sleng S-21 : comptez 3H

Un peu d’histoire…

Avant de devenir l’une des pires prisons du système concentrationnaire Khmer Rouge, Tuol Sleng était un simple lycée de la capitale Phnom Penh. Quand on entre à l’intérieur pour la première fois, on se rend compte que le petit parc est très joli avec ses arbres fruitiers et ses frangipaniers. On imagine alors des bruits d’adolescents étudiant et s’amusant dans ce lieu paisible, jusqu’à cette journée terrible du 17 avril 1975 où le pays sombra dans l’horreur…

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Dès l’aube de l’année “zéro” jusqu’à l’effondrement du régime du Kampuchea démocratique (dénomination du pays sous le régime de Pol Pot), cet ancien établissement scolaire verra passer près de 20 000 malheureux, internés et torturés sans raison… Pour ensuite être assassinés quelques kilomètres plus loin à Choeung Ek…

Kang Kek Leu alias Duch, directeur de la prison, a fait interner des milliers d’innocents supposément ou potentiellement opposés au régime, ou encore coupables d’actions complètement ubuesques (des gens sont morts pour avoir volé une banane).

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Le simple fait d’avoir des lunettes ou de posséder un stylo pouvait aussi directement vous envoyer dans ce camp, car vous étiez alors considérés comme un intellectuel et donc potentiellement dangereux pour le régime. En outre, la plupart des artistes du pays ont été assassinés, car ne répondant plus au modèle de société que voulaient créer les Khmers Rouges (95% des artistes ont été assassinés en quatre ans).

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L’objectif de S-21 était de torturer les prisonniers pour obtenir des aveux. Une fois leurs confessions signées, les prisonniers étaient envoyés à Choeung Ek pour être exécutés. La plupart du temps, les malheureux ne savaient même pas pourquoi ils étaient envoyés à Tuol Sleng et pondaient des dizaines de pages de faux aveux sous la torture pour que le cauchemard cesse !

Il arrivait également qu’ils cèdent en dénonçant d’autres personnes, parfois même des membres de leur famille, pendant les interrogatoires tellement les supplices étaient affreux…

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En 1978, un Néo-Zélandais du nom de Kerry Hamill parcourant le monde en bateau s’est échoué sur les côtes cambodgiennes. Persuadés d’avoir affaire à un espion étranger, les autorités Khmer Rouges l’ont envoyé à S-21 afin de dénoncer ses supposés complices… Sous la torture, il a trouvé la force de faire de l’humour et s’est amusé à dénoncer des personnages fictifs avec des noms existants tels que celui de sa mère ou encore celui du PFG de KFC, complètement inconnu au Cambodge.


Description de la visite

Le musée du génocide est composé de 4 bâtiments et de la cour (autrefois de récréation…).

La visite commence par une introduction du narrateur en face d’une place où trônent 14 tombes, celles des derniers malheureux retrouvés ici à la découverte du camp (il restait également 12 personnes en vie). Plus loin, l’ancienne balançoire a été transformée en potence…

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On passe ensuite dans le bâtiment A où les anciennes salles de classe ont été transformées en salles de torture, avec les lits et les chaînes toujours présents. Le bâtiment A était en effet consacré aux interrogatoires. Un lit en métal dans chaque pièce servait à attacher les prisonniers et les boîtes de munitions faisaient office de pot de chambre. Une photo d’un corps retrouvé est exposée dans chaque pièce.

Le bâtiment B, le plus grand des 4, est dédié à la mémoire des victimes. Les tortionnaires sadiques et maniaques entretenaient un dossier très détaillé par détenu, les prenant en photo à leur arrivée au camp et pour certains, à leur mort lorsque les sévices de l’interrogatoire avaient été poussés trop loin.

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L’audioguide raconte également l’histoire de certains prisonniers. Celle de Bophana est tristement célèbre car elle a été tuée par amour le même jour que son mari.

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Portrait de Bophana

Ces portraits difficiles à regarder sont exposés sur de grands panneaux. Les victimes portant une casquette sont des Khmers Rouges. La paranoïa omniprésente au cœur du Kampuchea conduisait régulièrement à interner et torturer des Khmers Rouges que l’on soupçonnait de trahison, quelque soit leur grade.

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Le bâtiment C est rempli de petites cellules de briques ou de bois.

Des barbelés ont été installés à l’étage pour empêcher les suicides.

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Sur un tableau vert d’école est noté en français : “il est interdit de faire du bruit”… Une petite pièce est prévue pour que les visiteurs puissent écrire un mot.

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Le bâtiment D est une salle d’exposition. Van Nath, un peintre survivant a exposé ses œuvres, décrivant les atrocités pratiquées à Tuol Sleng. On trouve également des photos qui montrent les destructions des monuments et des bâtiments de Phnom Penh, qui suivirent l’évacuation de la ville après sa “libération” par les Khmers Rouges. C’est ici aussi que sont exposées  des cartes expliquant les déplacements de population par les Khmers Rouges.

Enfin, plusieurs éléments de biographie des hauts dirigeants du régime de Pol Pot se trouvent au deuxième étage. Certains sont encore en liberté car leur état de santé ne permet pas de les juger…

À la fin de la visite en sortant du bâtiment D, on tombe nez-à-nez avec le mémorial de Tuol Sleng où une stèle rappelle les horreurs commises ici au nom des Khmers Rouges, sur sa propre population ainsi qu’une liste des noms des malheureux passés par là, gravés en lettres d’or…

Juste avant de sortir, nous avons eu l’occasion de saluer Bou Meng, un peintre survivant du camp,qui vend son livre sur place. Nous n’avons pas su quoi lui dire, mais son sourire est un message d’espoir et de réconciliation que l’on retrouve chez tous les Cambodgiens aujourd’hui…

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20 thoughts on “Visite du musée du génocide cambodgien (Tuol Sleng ou S-21), la prison de l’horreur Khmer Rouge

  1. BENOIT says:

    Lors de mon dernier message, j’ai oublié de vous souhaiter……
    une Bonne Année !!!!, évidemment shame on me

  2. Christine says:

    Lors de mon dernier message, j’ai oublié de vous souhaiter……
    une Bonne Année !!!!, évidemment shame on me

  3. Cabel muriel says:

    Article bouleversant. ..
    La folie de l.homme n.a pas de limites et se perpétue malheureusement sans fin…

    • Anonyme says:

      Oui une visite vraiment difficile et je crois que les Killing fields ont été encore plus durs ! Cela dit on en apprend beaucoup sur le pays et les sentiments des gens au travers de cette visite 🙂

    • Anonyme says:

      Merci beaucoup ! Si un jour tu te rends au Cambodge c’est définitivement un endroit où aller pour bien comprendre le pays même si c’est très dur comme visite 🙂

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