Patan et sa déesse vivante

L’ancienne capitale népalaise dispose d’un centre-ville historique riche et héberge l’une des trois Kumaris : les seules déesses vivantes du monde !

Lundi 30 octobre 2017 au matin, nous quittons le quartier de Thamel en bus pour rejoindre Patan, une ville accolée à la capitale népalaise, au Sud. Toutes les informations notées sur les bus sont en alphabet népalais, ce qui ne nous facilite pas la tâche. Heureusement, les locaux sont toujours prêts à aider (et que vous criez suffisamment Fort votre destination aux contrôleurs de bus qui sillonnent Katmandou.

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  • Trajet en bus de Thamel à Patan : 30 minutes – 20 NPR/pers. (~0,16 €)

Le bus nous dépose à quelques centaines de mètres du Durbar Square devant Labim Mall, le seul centre commercial à l’occidentale de la région. Après y avoir mangé (un burger mais on avait un peu marre des mo:mos), nous rejoignons Durbar Square à pied. Sur le chemin, un bâtiment de briques rouges avec deux grosses statues à l’entrée nous interpelle…

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Nous entrons et découvrons qu’il s’agit de l’habitation de Kumari !

Mais qui est donc Kumari ?

Au XVIIIè siècle, le dernier roi Malla de Katmandou rejoignait chaque soir une jeune fille du nom de Kumari pour jouer aux dés, Kumari signifiant littéralement “vierge”. Cette dernière prétendait être habitée par l’esprit de la déesse Taleju Bhavani. Un soir, la reine jalouse suivi son mari pensant qu’il l’a trompait : la jeune fille se vexa et s’enfuit ! Le roi, qui avait passé beaucoup de temps avec elle, pouvait la décrire parfaitement. Il donna une liste de 30 critères à sa garde afin de la retrouver.

Voici la fameuse liste (prenez une grande inspiration) : des pieds proportionnés. Une ligne sous la plante des pieds en cercle. Des talons proportionnés. De longs orteils. Les pieds et les mains comme un canard. Les pieds et les mains doux et délicats. Le corps en forme de feuille de saptacchata. Des cuisses comme celles d’un daim. Les organes sexuels enfoncés dans le bassin. Les épaules rondes. La poitrine comme celle d’un lion (pour rappel il n’y a pas de lion en Asie…). De longs bras. Un corps pur. Le cou comme une conque. Les joues comme un lion. 40 dents. Les dents proportionnées. Les dents blanches. Une langue petite et proportionnée. Une langue humide. La voix grave comme celle d’un moineau. Les yeux noirs. Les cils comme ceux d’une vache. Une belle ombre. Une ombre dorée. Les pores de la peau bien délimités. Les cheveux raides et tournés vers la droite. Les cheveux noirs. Le front large et proportionné. La tête ronde. Le corps proportionné comme un nyagrodha (figuier des banians). Un corps robuste. Alors, vous pourriez être une Kumari 🙂 ?

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Entre nous, on voit mal comment le roi a pu avoir autant d’informations sur l’anatomie de la jeune fille en jouant uniquement aux dés… Outre une histoire sordide concernant une enfant, cette tradition se perpétue aujourd’hui encore dans les trois royaumes du Népal ! À Katmandou, Patan et Bakhtapur, un groupe de moines hindous élit régulièrement les représentations vivantes de Kumari, qui doivent correspondre aux 32 critères énoncés plus haut. Elles doivent également passer de nombreux tests, tel que rester des heures enfermées dans une pièce avec des buffles égorgés en restant impassibles, et ce, en bas âge…

Élue à l’âge de 4 ans, elle devient alors une déesse vivante et le restera jusqu’à ce qu’une goutte de sang s’échappe de son corps. Et bien souvent, cela correspond aux premières règles. Les Kumaris ne s’égratignent pas comme les autres enfants. En effet, elles mènent une vie de princesse dans une prison dorée, ne peuvent pas marcher dans la rue, ne vont pas à l’école et ne s’habillent pas toutes seules… Une Kumari a ainsi été destituée car elle a dû sortir dans la rue sans être portée, lors d’un tremblement de terre !

Après la première goutte de sang, les Kumaris retournent à l’anonymat et doivent découvrir la vie normale sans savoir lire, écrire, compter, marcher avec des chaussures, se laver, s’habiller… Certains de leurs muscles sont sous-développés et pour couronner le tout, la légende dit qu’un homme épousant une ancienne Kumari mourra dans l’année… La plupart des anciennes Kumaris terminent donc souvent leurs vies seules, dans la pauvreté et la misère…

Aujourd’hui, des associations agissent pour l’application des droits de l’Homme auprès des Kumaris afin qu’elles puissent vivre normalement.

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À la base, nous pensions que Kumari n’était pas visible en dehors de ses sorties officielles mais dans cette habitation de Patan, on nous a indiqué un petit escalier que nous avons emprunté. À l’étage, nous traversons plusieurs pièces puis saluons un homme qui garde l’accès à Kumari. Il nous autorise à entrer et nous découvrons alors une petite fille d’environ 8 ans assise en tailleur.

Elle nous regarde droit dans les yeux sans jamais parler, sans jamais sourire. Outre ses yeux noirs et son maquillage rouge, son regard est sombre et nous envoie un message emprunt de tristesse. On ne sait pas si elle veut s’enfuir ou si elle estime vraiment être divine. Elle nous enduit le front d’une pâte rouge traditionnelle, puis nous quittons la pièce avec une seule envie : dire aux adultes de laisser vivre cette enfant !

C’est donc assez révoltés que nous rejoignions Durbar Square. Nous serons ravis le jour où nous apprendrons que les Kumaris sont interdites mais pas sûr que ce soit pour demain…

Durbar Square

Moins touché par le tremblement de terre de 2015 que celui de Katmandou, le Durbar Square de Patan est mieux préservé et vraiment incontournable si vous passez par Katmandou.

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Certains bâtiments ont totalement disparu, d’autres sont très abîmés mais de nombreux monuments ont conservé leur grandeur et la finesse de leur décoration.

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  • Entrée à Durbar Square Patan : 1000 NPR (~ 8,20 €)
  • L’entrée au musée est comprise dans le ticket d’accès au Durbar Square

Autour de Durbar Square, de nombreux rooftops offrent une très jolie vue. Pensez-y ! 

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Où manger à Patan ?

Pour une fois, on ne vous livre pas un petit restaurant local mais un grand centre commercial ! Ce n’est pas notre genre mais après un mois et demi entre le Sri Lanka, l’Inde et le Népal, ça fait du bien de se balader dans un centre commercial moderne et surtout avec un énorme food court. C’est à Patan que se trouve le seul centre commercial à l’occidental de la région : Labim Mall. Il est situé à l’entrée de Patan au croisement de la rue principale et de la rue menant à Durbar Square.

Nous avons mangé à Burger Bar. Forcément un peu plus cher que la moyenne, les burgers sont excellents et les frites aussi, bien que les portions soient relativement petites pour le prix. On a bien aimé la déco aussi…

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0 thoughts on “Patan et sa déesse vivante

  1. Cabel says:

    Très instructif. .merci. .mais également très triste l.histoire de la petite kumari
    Espérons que cette tradition disparaisse vite!

    • Et oui, nous pouvions la photographier en faisant une donation mais hors de question de contribuer à cette tradition ! Oui, de nombreux monuments sont encore debout mais le travail de reconstruction et de stabilisation est loin d’être terminé. On trouve partout dans la ville, des poteaux en bois qui maintiennent les murs des bâtiments

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